A la découverte des émotions

Les aptitudes motrices, graphiques ou logiques des enfants font l’objet d’évaluations mais qu’en est-il de leurs aptitudes émotionnelles ?
N’avons-nous pas trop tendance à enrichir le vocabulaire ou les connaissances d’un jeune élève de maternelle oubliant de lui apprendre à identifier les origines et les manifestations des sensations étranges qui le submergent parfois ?
Apprivoiser ses émotions étant enfant est pourtant ce qui permettra, une fois adulte, de les contrôler,  les maîtriser et les exprimer de façon plus modérée.

Les émotions chez les plus jeunes sont d’une vive intensité, à tel point qu’elles peuvent effrayer, à l’image d’une maladie dont on découvre les symptômes pour la première fois.
Que m’arrive-t-il ? Pourquoi suis-je dans cet état ? Quand cela va-t-il s’arrêter ?
Autant de questions fondamentales auxquelles il faut aider nos enfants à trouver des réponses.

Exprimer et accueillir les émotions

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Un « enfant de la raison », qui évolue dans un univers rationnel et didactique, aura probablement reçu nombre d’explications théoriques sur les émotions et leur gestion.
À trop intellectualiser ce qui doit tout simplement être ressenti, un véritable tsunami émotionnel s’abattra tôt ou tard.
Les émotions sont souvent tues, passées sous silence, d’autant plus s’il s’agit de colère ou d’envie.
Ces émotions, assimilées aux péchés capitaux, ont longtemps été réprouvées par la morale et laisser un enfant les exprimer est, encore de nos jours, mal vu.
Ne craint-on pas davantage les cris ou les larmes de son enfant sous le regard « des autres » ?
Une émotion, aux antipodes de la raison, renvoie à quelque chose de primal, de quasi bestial qui reste mal accepté.
Demande-t-on à son enfant s’il a eu peur ou s’il a éprouvé de la colère ?
Evoque-t-on soi-même ses peurs ou ses envies ?
Il s’agit pourtant du moyen le plus évident d’aider l’enfant à exprimer ces émotions là.
A chaque « J’ai eu peur », « Je suis énervé », « Je ne suis pas content » ou «Je suis triste » prononcé par ses parents, l’enfant réalise qu’il n’est pas le seul être étrange à qui tout cela arrive.
Parler de ce que l’on ressent est extrêmement important mais il faut avant tout vivre ses émotions.
Expérimenter avant d’analyser.
A quoi bon expliquer à un enfant ce que sont la joie, la tristesse ou la peur si on ne le laisse pas les expérimenter ?
Ces émotions brutes, parfois violentes, laisseront place à une plus grande maîtrise de soi après les avoir suffisamment ressenties. C’est un passage nécessaire.
Nous nous attacherons donc à accueillir les émotions de nos enfants, en ayant pleinement conscience qu’elles ne nous sont pas directement adressées et en ne réagissant pas en miroir.
Favoriser l’émergence des émotions et ne pas les nier est donc fondamental.
Et ce, même si elles surgissent de façon démesurée chez l’enfant, à tel point, que l’on sera parfois tenté de mettre en place des stratégies pour les contourner.
Cela doit « sortir » et ensuite, il faudra aider l’enfant à le comprendre puis à l’exprimer différemment.

Identifier, comprendre et mettre à distance

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Identifier et comprendre une émotion c’est ne plus être soumis à cette dernière, être capable de l’anticiper et prendre conscience qu’elle a un début et une fin.
Les émotions surgissent sans qu’on soit préparé à en parler ou à les décoder.
Il faudra pourtant aider son enfant à poser des mots sur ce qu’il ressent quand il en éprouvera le besoin.
On peut, sur un mode interrogatif, poser des mots sur ce que l’on va soi-même interpréter.
En essayant de comprendre quelle émotion expérimente notre enfant et pourquoi il l’éprouve, en proposant des explications possibles à ce ressenti, un premier pas vers l’identification est fait.
A un enfant qui pleure ou se met en colère alors qu’il faut quitter le parc où il s’amuse avec ses amis on peut demander : « Tu es triste parce que tu t’amusais bien. » ou « As-tu peur de ne plus jamais retourner au parc ? » ou encore « Tu es en colère car tu as encore envie de t’amuser. Il faut rentrer pour prendre le bain et manger. Mais tu retourneras au parc une autre fois. »
Les manifestations physiques du sentiment éprouvé prennent alors du sens et l’enfant peut les associer à un événement précis.

On peut également apprendre à décoder au quotidien les émotions des autres qu’on les rencontre dans la vie réelle, les histoires ou les dessins animés.
Discuter du ressenti des autres, commenter, émettre des suppositions est souvent plus facile pour l’enfant qui, placé en terrain neutre, ne sera pas aveuglé par ses propres enjeux émotionnels.
Ce petit garçon à l’air triste peut-être parce qu’il s’est fait mal ou qu’il a perdu son doudou.
Cette petite fille est très en colère car elle voulait un jouet, elle en aura peut-être un pour son anniversaire, elle ne devrait pas crier si fort, on ne peut pas avoir tout ce que l’on voit…

Je pense que le petit Chaperon Rouge a eu très peur du loup. J’aurais eu peur moi aussi. Heureusement il n’y en a pas à côté de la maison.
Ce que l’enfant voit ou entend prend du sens et, lorsqu’il sera confronté à une situation similaire à son tour, il saura la décoder et la comprendre.
Décoder les émotions de l’autre permet également de se mettre en perspective face au même ressenti.
Face à la colère d’un autre, l’enfant observe, souvent très calme, cette réaction disproportionnée.
Il réalise alors que le comportement qu’il observe n’est pas  approprié et discuter de la scène dont il a été spectateur permet de réfléchir aux raisons de cette colère ou à la façon dont on peut l’exprimer.
La réaction des parents face à la peur ou à la colère servent également d’exemple.
Il nous arrive d’être en colère ou d’éprouver de la frustration mais nous ne hurlons pas ou nous ne nous roulons pas par terre pour autant !
Etre par exemple capable de dire à son enfant que l’on est en colère, de lui expliquer simplement pourquoi pour enfin lui montrer que c’est un état transitoire, lui permettra d’acquérir une meilleure compréhension de ce que ressentent les autres et de ce qu’il ressent lui-même.
Il apprendra également ce faisant à devenir moins autocentré, à s’adapter en fonction des émotions des autres et à mieux percevoir le monde qui l’entoure.

Des activités autour des émotions peuvent également aider à les extérioriser et à amorcer le dialogue.
On peut, à l’aide d’albums illustrés, observer les personnages, dire qui ressent quoi puis s’amuser à deviner pourquoi et ce que le personnage va faire.
Les plus jeunes pourront être aidés par un bonhomme des émotions dont le visage prend une expression différente au gré de ce qu’il ressent.

Mon humeur
Bonhomme des émotions: imprimer sur du papier légèrement cartonné, découper le visage et les différent éléments (larmes, joues, bouche, yeux et sourcils), ajouter de l’adhésif magnétique au verso de chaque élément et créer des expressions différentes qu’il s’agira d’identifier et de commenter.

Jouer à mimer des émotions peut également être un moyen de mieux en appréhender les manifestations physiques.
Un jeu de rôle, même très simple, basé sur le quotidien de l’enfant, lui permettra d’exprimer ses émotions, de mieux comprendre une situation ainsi que les réactions des autres.
On peut par exemple mettre en scène un conflit avec un camarade d’école qui a affecté l’enfant.
Il jouera tour à tour son propre rôle, celui de son camarade et celui de la maîtresse.
Enfin, déchirer du papier, écraser de la pâte à modeler ou donner de grands coup de feutres peuvent être autant de moyens d’extérioriser une émotion si tant est que cette activité n’est pas trop guidée par l’adulte. L’enfant doit se sentir libre de s’exprimer.

L’enfant, comme nous même, cohabite avec ses émotions, les exprime quand elles surgissent
et apprend doucement à les apprivoiser.
Il ne faut pas chercher à trop contrôler ou intellectualiser cet apprentissage.
La vie quotidienne est le meilleur terrain pour exprimer et comprendre ses émotions.

18 commentaires

  1. oh tu me fais penser que j’ai trouvé un truc aussi à faire (activités manuelles) pour les émotions, oh il faut que je mette la main dessus et te le montre ! excellent billet ma dame!

  2. Bonsoir,
    J’ai trouvé votre article passionnant. Si j’ai bien compris il est dû à Monsieur, vous pourrez lui que je l’en remercie car dans l’éducation de mon petit fils il m’arrive parfois de ne pas savoir comment agir, et j’ai trouvé là quelques réponses que je vais essayer de suivre.
    Le jeu de rôle me semble une très bonne idée, je n’y avais pas pensé et je vais l’expérimenter.
    Même si c’est un enfant très « facile » il faut parfois décoder ses émotions et ce n’est pas simple. Ce que vous avez écrit m’aidera, je n’en doute pas.
    Je vais bien relire votre texte, il est plein de bonnes idées.
    Merci pour ces très bons conseils.
    Je vous souhaite une bonne soirée,
    Claude

      1. Oui, en effet, c’est très intéressant, vous savez ce n’est pas simple d’aider ma fille dans l’éducation de mon petit fils, je m’y emploie de mon mieux mais ce genre de conseils judicieux est très utile.
        C’est sympa de la part de Monsieur de partager son savoir.
        Bonne soirée,
        Claude

  3. Je suis conquise par ton article qui est super bien analysé, il est parfois difficile d’extérioriser ses émotions, et c’est vrai que c’est pourtant un exercice important que l’on soit parent ou enfant ! J’adore le bonhomme des émotions, c’est une super idée !! Bisous !

    1. Merci pour ton commentaire… Nous essayons de parler des émotions régulièrement et Lapinette les exprime de plus en plus facilement avec des mots. J’ai essayé de créer rapidement un petit bonhomme des émotions mais j’aurais dû te mettre à contribution! Le tien aurait été magnifique!

  4. Un article passionnant pour un sujet si vaste !
    Nous sommes en plein dans la découverte des émotions depuis que Colombe à 18 mois. On parle beaucoup des siennes, des nôtres (car oui papa et maman aussi ressentent de la colère, de l’amour, de l’envie…) et ça aide bien !
    Bonne idée cette manipulation de visage ! Je vais essayer de trouver de quoi réaliser une activité avec Colombe. Elle adore jouer avec monsieur Patate, mais je me rend compte qu’il ne représente que des émotions positives (enfin celui qu’on a en touts cas), il pourrait pourtant faire un super matériel d’apprentissage !

    1. Je suis tout à fait d’accord. Rien ne t’empêche de créer de nouveaux accessoires pour ton monsieur patate en Fimo et d’inventer des histoires dans lesquelles il est triste ou en colère puis d’analyser tout ça avec Colombe. Ensuite, il y a tellement de situations de la vie courante où des émotions peuvent être repérées et commentées qu’on peut très facilement aborder le sujet: un conducteur énervé qui klaxonne, un bébé qui pleure dans sa poussette, une colère observée au parc ou au supermarché…

      1. J’ai pensé à la fimo , mais j’ai peur que cela ne soit un peu trop fragile (et je l’avoue je ne suis pas très douée pour modeler des objets…).
        Nous expliquons autant que possible les émotions dans la vie quotidienne. Et surtout nous expliquons NOS émotions ! Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que c’est important que Colombe comprenne que ses parents aussi ont le droit d’être en colère (et fatigués surtout !).

      2. Tu as entièrement raison. C’est extrêmement important pour les enfants de comprendre qu’ils ne sont pas les seuls à éprouver des émotions positives comme négatives. Ils voient également notre façon de les exprimer et de les gérer.

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