Poser des limites… Oui, mais comment ?

Entre l’autoritariste  «C’est moi qui commande!» et le soixante-huitard «Il est interdit d’interdire!»
un juste milieu existe. Autorité n’est pas forcément synonyme de répression.
Poser des limites à son enfant est indispensable à son bon développement.
Il n’est pas question ici de « morale » mais de donner à l’enfant toutes les cartes pour vivre avec les autres.
Loin du «Fais pas ci ! Fais pas ça !», le parent va tout simplement aider l’enfant à apprendre et comprendre les codes qui régissent notre société pour qu’il y soit libre et lui-même. N’oublions pas que tout est règle ou code.
Un et un feront toujours deux et demander à son enfant de l’accepter n’est pas de la répression !

Certaines barrières que le parent pose finissent par être totalement intégrées par l’enfant pour faire partie intégrante de sa personnalité.Françoise Dolto dans Psychanalyse et pédiatrie prend l’image suivante:

On met des poissons dans un bocal et l’on sépare un jour le bocal en deux par une plaque de verre transparente. Les poissons enfermés dans chacun des deux compartiments du bocal tentent vainement de traverser le mur transparent, et s’y heurtent, sans cesse ; jusqu’au jour où ils agissent «comme s’ils n’avaient plus envie» de sortir du compartiment qui leur est réservé. Ils ne se heurtent jamais plus alors à la cloison de verre et si, au bout de quelques semaines, on retire la cloison, on constate que les poissons continuent à se comporter «comme si elle existait toujours» ; l’interdiction est devenue «intérieure», elle fait partie de «la personnalité» de ces poissons.

Ces barrières posées dans la petite enfance permettent bel et bien à l’enfant d’être encadré, structuré et sécurisé.

Doit-on punir ?

Dans certains esprits, la punition est le piège dans lequel il ne faut pas tomber, l’aveu de faiblesse, l’arme de destruction massive qu’utilise le parent désemparé. Pourtant, punir un enfant qui se met, ou met les autres en danger en ne respectant pas les règles est parfaitement naturel.

Claude Halmos explique qu’un enfant qui  n’obéit pas, peut être puni en lui rappelant que cela fonctionne de cette façon dans la société.  Elle ajoute ensuite : «Pensez-vous que le policier en faction va vous demander 50 fois de bien vouloir vous arrêter au feu rouge?»

Certaines règles fondamentales doivent être totalement intégrées et comprises par l’enfant.
On ne tape personne, on ne peut pas se coucher à n’importe quelle heure, on doit se laver, on ne doit pas traverser seul… Expliquer certaines règles avec des mots simples et accessibles  permet de les intégrer.
En effet, une explication rapide et adaptée à la situation permet généralement à l’enfant de donner un sens à la limite pour mieux  l’accepter :
«Tu dois me donner la main quand on traverse pour ne pas te faire écraser par les voitures.»
«Tu dois me donner la main quand il y a beaucoup de monde pour ne pas te perdre.»
«Tu dois me donner la main quand tu descends l’escalier pour ne pas tomber.»

Mais parfois, ces règles immuables ne sont pas respectées par l’enfant malgré nos explications.
La punition peut alors permettre de poser durablement une limite qui, si elle était franchie pourrait nuire au bon développement ou à la socialisation de l’enfant.
Un enfant qui tape par exemple s’intégrera plus difficilement à la crèche ou à l’école.
On peut dans un premier temps lui expliquer :
«Tu ne dois pas taper tes copains. Ça fait mal et ils ne joueront plus avec toi.»
Si cela n’est pas suffisant, on peut, dans un second temps le punir, car cette règle doit être acquise au risque pour l’enfant d’être isolé des autres.

A nous, de définir les limites sur lesquelles on ne discute pas et les barrières qu’on ne peut contourner
car il ne s’agit pas non plus d’interdire à tort et à travers.

 

Interdire mais pas trop…

Ces barrières, ces limites que je qualifiais de fondamentales, une fois intégrées par l’enfant, lui permettent de s’épanouir sans se demander constamment s’il a le droit de faire quelque chose ou s’il met les autres ou lui-même en danger. C’est en quelque sorte un mode d’emploi pour vivre ensemble qu’il convient de connaître pour appartenir à la société.

Ces règles doivent être fixes et immuables.
On donnera la main à chaque fois que l’on traverse et pas un jour sur deux !
Il s’agit de poser des limites mais également des repères.
Les règles que nous respectons au quotidien ne sont pas fluctuantes.
On paie nos courses systématiquement et pas quand bon nous semble !

Reprenons l’exemple des poissons dans leur bocal.
Une fois qu’ils ont compris où se situait leur espace de liberté, ils ne se heurtent plus à la paroi en verre et évoluent à l’aise dans cet espace qui pourtant les gênait au début !
Laisser un espace de liberté suffisamment grand est indispensable.

Interdire à tort et à travers aurait l’effet inverse.
Trop de limites tue la limite pourrait-on dire !
Tout d’abord, interdire en permanence ferait perdre de vue les règles véritablement importantes.
Ensuite, si chacune des envies de l’enfant se heurte à une barrière naitront alors des angoisses.
Un poisson rouge encerclé de parois en verre ne lui laissant qu’un espace bien trop petit, ne pourra s’épanouir.
Les règles et les limites que l’on pose doivent donc laisser une marge assez grande pour des satisfactions directes.

Ainsi, les limites de moindre importance peuvent être contournées.
Je m’explique, l’enfant, ne peut par exemple, pas tout avoir et tout de suite.
L’aider à se projeter au moment où ce qu’il souhaite arrivera ou encore lui demander de faire un choix sont autant de dérivatifs qui permettent de mieux accepter un refus immédiat.
Quel enfant n’a pas souhaité qu’on lui offre au supermarché un jouet et des bonbons ?
Lui dire tout simplement qu’on ne pas tout acheter mais qu’il peut choisir entre les bonbons et le jouet
est une façon plus souple de poser une limite qu’un «NON !» catégorique.
On pourra, de la même manière, expliquer à l’enfant qu’on ne lui fera pas de cadeau aujourd’hui mais qu’il doit bien regarder ce qui lui fait envie car on le lui offrira la prochaine fois.

Les limites requièrent donc, quand on les pose, de faire une distinction très claire
entre ce qui est non négociable et ce que l’on peut discuter.

Pour conclure, je reprendrai, une fois encore les mots de Françoise Dolto qui compare les envies de l’enfant
à l’eau d’une source.

Elle doit s’écouler ; qu’on l’empêche de jaillir à son émergence, elle fera irruption en un autre point. A son apparition, l’eau s’appelle source ; elle n’a pas fait quelques mètres qu’elle s’appelle ruisseau.Si l’on veut arrêter le cours du ruisseau, on dresse un barrage ; mais il doit être renforcé au fur et à mesure que la poussée augmente, et si vaste soit-il, si puissantes soient ses parois, il ne fera obstacle que pendant un certain temps, au-delà duquel il sera submergé, à moins que des brèches n’en laissent écouler le trop-plein ou qu’on n’y ait aménagé une issue par laquelle le réservoir se déversera en alimentant par exemple une usine électrique.

Un conseil de lecture ?

L’autorité expliquée aux parents de Claude Halmos pour la clarté et la justesse de ses propos jamais moralisateurs.

Extrait choisi de l’avant-propos:

De plus en plus d’enfants – notamment entre trois et six ans – arrivent en consultation malheureux, recroquevillés sur eux- mêmes, affligés de retards divers (bien que leur intelligence soit normale), et incapables de vivre sereinement au milieu des autres dans ces lieux sociaux que sont l’école, la garde rie ou le centre aéré. Alors que – c’est en général clair dès la première consultation – ils n’ont aucun problème particulier. Et que leurs géniteurs, malgré tout ce dont ils s’accusent, sont (pour reprendre l’expression que le psychanalyste anglais Donald Winnicott appliquait aux mères) de toute évidence « suffisamment bons ». Pourquoi, alors, tant de difficultés ? Pour une raison simple. Parce que ces enfants « normaux », élevés par des parents qui ne le sont pas moins, sont, du fait d’un manque ou, a minima, d’une insuffisance d’éducation et d’autorité, empêchés de se développer normalement. Leurs parents les aiment, s’occupent d’eux et s’efforcent d’être attentifs à ce qu’ils disent et vivent. Mais ils ne leur imposent pas ce qu’ils devraient leur imposer. Soit parce que, très profondément, ils n’en comprennent pas la nécessité, soit parce que, convaincus que ce serait utile, ils cèdent pour tant devant les larmes ou les protestations de leur enfant.Obsédés qu’ils sont – et souvent bien plus qu’ils ne le croient – par la crainte de le voir souffrir. L’autorité aujourd’hui fait peur. Elle effraie les parents. Parce qu’ils s’imaginent qu’elle ne pourrait être que ce qu’elle fut souvent autre fois : un instrument destiné à soumettre l’enfant au pouvoir des adultes. Et susceptible de ce fait de porter atteinte à sa liberté, à sa personnalité et à sa créativité. Or, il faut qu’ils le sachent, une autre autorité existe. Et non seulement elle ne détruit pas les enfants mais elle constitue le point d’appui essentiel de leur développement et de leur épanouissement. On peut considérer un enfant comme une personne à part entière et l’écouter sans renoncer pour autant à lui mettre les limites dont il a besoin pour vivre. Autorité peut rimer avec aimer et respecter. Et il est urgent que les parents l’entendent. Car l’enfant qui n’est pas (ou pas suffisamment) éduqué est à notre époque bien plus en danger qu’il ne l’était autre fois.

19 commentaires

  1. Un grand merci pour cet article vraiment très complet!
    Je pense que de nos jours le parents sont de plus en plus mal informés, bizarrement a cause de la sur information, et aussi due à la culpabilité que la société leurs renvoi on est jamais assez bons parents (heureusement)!
    Le juste milieux peut être très difficile à trouver, mais il et nécessaire! Moi je croit que punir un enfant en lui expliquant son acte lui mettre un peu à l’écart pour qu’il puisse réfléchir un peu, se mettre à son hauteur pour lui parler lui expliquer (encore et encore) est très important!
    Poser des limites et d’une nécessité primordial pour un enfant, aussi!

  2. Très bon article, très intéressant, il est très important en effet je pense de mettre des limites très vite à un enfant !

  3. Je suis désolée, mais je ne partage pas du tout ton point de vue sur la punition ! Tu as l’air de dire que c’est parfaitement naturel, et bien non. Ce qui est naturel ce sont les conséquences logiques d’un acte. Evidemment, on ne laisse pas son enfant se faire écraser par une voiture, mais : on lui fait nettoyer ce qu’il salit, on lui fait réparer ce qu’il casse, on lui fait prendre conscience de la souffrance de celui qu’il a frappé et trouver un moyen de faire qqch de gentil pour cette personne … On pleure si il casse notre vase préféré auquel on tient, on ne rachète pas automatiquement le jouet qu’il casse ou le vêtement déchiré … La punition n’apprend rien, elle est humiliante et témoigne de ce « pouvoir » que les adultes prennent plaisir à détenir sur les enfants. Réparer une erreur ou une maladresse responsabilise l’enfant et lui permet de construire son estime de lui, cela lui permet aussi d’apprendre que les erreurs font partie de la vie, et que ce n’est pas si grave, on peut réparer. Surtout que, justement pour le cas d’un enfant qui se met en danger, il n’a peut être pas encore une conscience très aigue du danger ! On ne peut donc pas le blâmer, c’est à l’adulte de prévoir un cadre plus sécurisé, ou une surveillance plus rapprochée !

    1. Tu es pourtant parfaitement d’accord avec le point de vue de l’homme de la maison (que je partage bien sûr!). Demander à un enfant de « nettoyer ce qu’il salit, lui faire réparer ce qu’il casse,ne pas racheter un jouet cassé », sont bel et bien des punitions. Punir ne signifie pas nécessairement humilier et exercer un quelconque « pouvoir » sur son enfant! Je crois qu’il arrive un moment où poser des limites devient problématique car nous vivons une époque où l’on a peur des mots… Punir est naturel mais encore faut-il choisir judicieusement la punition! Cela devait lui sembler aller tellement de soi que l’homme de la maison ne l’a pas précisé.
      L’article va pourtant dans ce sens!
      Poser des limites est indispensable dans la mesure où cela se fait dans le respect de l’enfant! Mais on ne peut appeler une punition que « punition »! Navrée que ce mot te dérange…
      J’ajouterai enfin que se substituer à son enfant (en âge de comprendre bien évidemment, nous parlons d’enfants pas de nourrissons ou de bébés!) en sécurisant son environnement ne lui apprendra jamais à ne pas se mettre en danger… Comment fera-t-il quand il sera confronté à un environnement que ses parents n’auront pas préalablement sécurisé?

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